Jacques  Garello, économiste, écrivain.

A mon goût il n’y a pas pour l’instant de rupture significative avec les mœurs sociales, et la référence permanente aux « partenaires sociaux » laisse entendre que tout changement projeté doit auparavant recevoir l’aval des syndicats de salariés et des organisations professionnelles. Que le Président reçoive les leaders syndicaux avant même que les futurs parlementaires aient fait campagne et soient élus laisse entendre que l’on n’a que faire de ce que penseront les nouveaux députés. Cela laisse aussi entendre que le suffrage universel doit être confirmé par le consensus syndical. Jadis les rois de France devaient recevoir le Saint Chrème en la cathédrale de Reims, aujourd’hui le sacre du président de tous les Français requiert l’onction de l’épiscopat syndical.

les syndicats français sont redoutables parce que la plupart d’entre eux sont des syndicats marxistes, et donnent le ton dominant. Leur discours, leur comportement, et la législation qu’ils ont réussi à arracher (les « conquêtes sociales ») sont imprégnés du mythe de la lutte des classes. Ce mythe a envahi toute la société : la plupart des Français sont persuadés que le pays se divise entre les riches, les possédants, les profiteurs, et les pauvres, les opprimés, les exclus, les sans emploi, les sans papier, les sans logement, les sans crèche. Heureusement l’Etat Providence est là pour rendre la justice, comme jadis le bon roy Louis : il crée et protège les « droits sociaux ».

Il est curieux de voir nos dirigeants de droite et de gauche admirer les syndicats « nordiques », et rêver que nos leaders se mettent à l‘heure scandinave. Mais ils ne prêtent pas attention au fait que ces syndicats sont libérés de l’idéologie marxiste, sont disposés à aider sincèrement les salariés au lieu de les soulever contre le « patron », et contribuent aux gains de productivité en même temps qu’à la solidarité professionnelle et personnelle. C’est ce qui les légitime, c’est ce qui fait qu’une grande proportion de salariés adhèrent volontairement. En France, tout à l’inverse, les salariés tournent le dos aux syndicats, qui représentent moins de 5 % des salariés (et encore bien moins dans le secteur privé). Le paradoxe syndical français est celui-ci : moins ils sont représentatifs, plus leur pouvoir politique est grand. C’est un incroyable défi à la démocratie. C’est une prime au non-droit, car il est évident que la puissance syndicale chez nous ne résulte que des pressions, voire des exactions, commises par les leaders syndicaux ; les pires procédés, contraires à la liberté du travail et au droit de propriété, sont légalisés ou assurés de l’impunité. Que des manifestations de lycéens manipulés et encadrés par les syndicats révolutionnaires aient fait reculer le gouvernement de la République et le Parlement décidé à instaurer le CPE est la négation de la démocratie représentative.