Un livre ecrit par le directeur du bureau de l'Agence France Presse (AFP) à Pékin que j'achèterais en France cet été.
En attendant une bonne interview, qui dit en peu de mots beaucoup de choses intéressantes:

Philippe Massonnet a  passé 14 ans en Chine, il est depuis 6 ans le directeur du bureau de l'Agence France Presse (AFP) à Pékin. Après avoir écrit en 1997, "la Chine en folie", il livre chez le même éditeur (Philippe Picquier) son nouveau livre.

Entretien avec l'auteur

Pourquoi ce titre ?

Ce n'est pas un bouquin de sinologue  mais en partageant mon expérience et en racontant des situations qui peuvent paraître au premier abord anecdotiques, j'ai voulu  montrer que même si rien n'est figé, le parti communiste chinois n'a pas changé. Et j'ai voulu aussi raconter ce qui se cache derrière le fameux "miracle chinois".

Vous comparez le PCC à une secte...

Le fonctionnement du pouvoir en Chine est totalement secret. Personne ne sait ce qui se passe à la tête de l'Etat et ceux qui se hasardent à décrypter ou à faire des pronostics se trompent le plus souvent. Aujourd'hui encore il est impossible d'approcher réellement Hu Jintao ou Wen Jiabao. On les voit partout à la télévision chinoise, ils multiplient les voyages officiels hors des frontières, ils reçoivent de plus en plus d'hôtes étrangers mais nous ne savons toujours rien sur ce qu'ils sont réellement. Les décisions sont prises dans l'opacité la plus totale, dans ce domaine il n'y a eu aucune évolution en 30 ans.


Pourtant le pays a lui bien changé?

Il y a eu incontestablement une élévation du niveau de vie, ce qui ne veut pas d'ailleurs dire que les gens sont plus heureux dans le fond, mais ça c'est encore une autre histoire...Il y a plus de libertés économiques et même politiques. Cela ne veut pas dire que tout le monde en profite bien sûr.  Mais ce qui me frappe dans l'évolution de la société chinoise, c'est qu'il y a de plus en plus de violence dans les rapports humains et que tout passe par un rapport à l'argent.  Et cela se traduit par un tas de situations. J'en raconte une par exemple dans mon livre, qui m'a beaucoup touchée. Une assistante du bureau, Linda, est morte dans un accident de voiture pendant ses vacances. Cela n'avait rien avoir avec son travail. C'était quelqu'un que nous aimions beaucoup et je me suis bien sûr rendu à son enterrement. J'étais très ému et très triste. Mais très vite je me suis rendu compte que la question principale tournait autour de l'indemnisation à la famille de Linda. J'étais là pour montrer qu'elle était bien payée et que le responsable de sa mort devait indemniser la famille en fonction de cela. Cette obsession de l'argent va si loin qu'une amie de Linda s'est approchée de moi, je croyais qu'on allait enfin pouvoir exprimer notre tristesse, mais elle m'a donné le coup de massue en me disant "nous voudrions savoir comment l'AFP va indemniser la famille"...

Comment le PCC s'appuie aujourd'hui sur la société chinoise ?

La grande force du parti est d'avoir réussi à rallier à lui la jeunesse urbaine. Je n'irai pas jusqu'à dire que les jeunes respectent le parti mais ils n'ont pas envie de revenir en arrière. Un passé d'ailleurs qu'ils ne connaissent pas ou mal car ils vivent dans une ignorance totale de leur propre histoire. Mais ils savent que le parti peut les aider à vivre mieux économiquement. L'autre réussite du PCC, si on peut appeler ça comme ça, c'est d'avoir transformé le communisme en nationalisme. Il y a aujourd'hui un vrai désir de revanche des Chinois sur l'Occident, qui s'explique bien sûr par ce que les Occidentaux ont fait à la Chine au XIXème siècle mais surtout par l'attitude du parti qui nourrit et entretient ce nationalisme.  Depuis qu'ils sont petits, on leur martèle que la Chine est grande et surtout on ne leur apprend pas à penser par eux-mêmes. Ils ne comprennent pas, par exemple,  que je suis d'abord Philippe Massonnet, ensuite directeur du bureau de l'AFP et finalement français. Eux, ils se définissent collectivement, d'abord comme chinois.

On pourrait vous reprocher d'être anti-chinois !

Je ne suis si pro ni anti mais il y a une chose qui est sûre : j'en ai assez de ceux qui prennent leurs désirs occidentaux pour des réalités chinoises...Ceux que j'appelle "les adorateurs", qui vivent dans la fiction et qui croient et veulent faire croire que la Chine est sur la voie de la démocratie...et qui accusent ceux qui ne sont pas d'accord d'être des "droits-de-l'hommistes".

Vous n'êtes pas très optimiste...

Je me garde bien de faire des pronostics quant à l'évolution de pays : on est toujours surpris ce ce qui peut arriver ici et cette année nous le prouve sans cesse.   Mais oui je suis inquiet sur les dégâts collatéraux engendrés par ce système: je trouve que nous sommes aujourd'hui face à une société inquiétante, sans liberté de penser, de s'exprimer et de s'informer librement. Nous avons à la fois une ouverture économique terrifiante et une dictature menée par des gens dont nous ne savons rien ou presque.

source: Aujourd'hui la chine